COMPTE DE FAITS ANTILLAIS

Ti Milo naquit tout petit, ce qui de prime abord ne le destinait pas à espérer beaucoup de la vie.

Ti Milo poussa pendu à Man Nise qui l’entraînait ça et la entre veillées et cases d’à coté.Mais l’image

du paternel venait hanter Ti Milo lorsqu’il se prenait à rêver. Le paternel avait décidé que Ti Milo

demeurerait petit à jamais et que petit, petit il resterait…

Ti Milo deviendra grand…

Alors afin d’entrevoir son avenir sous de meilleures augures, à la majorité Ti Milo partit, quittat son île,  ses paysages baignés de soleil, ses mers à poissons, ses manguiers, ses orangers qui l’avaient vu pousser, et Man Nise, Man Nise qui secrètement priait le Bon Dié de bien vouloir le protéger.

Ti Milo deviendra grand…

La métropole, le France, la Gaulle, « terre de nos ancêtres », voici désormais ce qui l’attendait. Une Martinique sans cocotiers, sans plages, sans soleil, sans chaleur, ni même de compas ou mérengués pour le réchauffer, en fait plus de Martinique mais cette grise réalité, la France « terre de nos ancêtres ».

Mais rien n’était assez pour décourager Ti Milo, ni le froid ni la pluie, ni la neige ni les regards méprisants de ses « ancêtres », rien de tout cela ne l’atteindrait car une force intérieure l’habitait et toujours plus loin il se projetait…

Ti Milo deviendra grand…

La grande vie…beaux arts, idéalistes en herbe rêvant de refaire le monde attablés à un café, Ti Milo assistait à tout cela, mais de loin car son univers se limitait au béton, ciment, à la nostalgie d’un bonheur jamais goûté et aux foyers d’immigrés.

Cloisonné de tous côtés, isolé, dans ce carré froid et inhospitalier, il avait pour seule compagnie son vieux poste qui lui jouait tour à tour la tristesse ou la gaieté. Amassage de cassettes pour voyager, de Mike Brant, Jimmy Cliff, à Marvin Gaye il s’ennivrait, et dans quelques livres il s’évadait…

Ti Milo deviendra grand…

Entre solitude, amertume et nuits glacées, Ti Milo découvrit avec Mamadou, Mohammed et Désiré le sens du mot Fraternité. C’est alors qu’il eut confirmation de ce qu’il pensait, qu’il sut au plus profond de lui que la France, la Gaulle, « terre de nos bourreaux », l’avait biaisé, lui racontant une histoire faussement idéalisée et l’éloignant ainsi de la vérité ;vérité sonnant Bénin, Congo, Sénégal, Gorée, bateaux négriers…

Ti Milo deviendra grand…

La flamme rageuse du Nègre déraciné plus que jamais attisée, Ti Milo se fit la promesse de ne jamais oublier que des entrailles de mère Afrique il découlait, et que son ventre l’accueillerait lorsque poussière il redeviendrait, à défaut de ne jamais l’avoir porté, pour cause de rapt organisé par des blancs « civilisés » !

Revendiquer ? Oui, mais par où commencer ? Crier, brutaliser, injurier ? Non ! Ecrire pour élever la voix du Nègre étouffé. Mais il faut dire que le paternel l’avait privé de cette seule arme autorisée, la culture bien sûr pour émerger ! Donc à grands renforts de livres magasines et émissions cultivées, Ti Milo ne doutant pas de ses capacités s’armât pour ainsi devenir un nègre sachant Penser et Réfuter.

Ti Milo deviendra grand…

Mais là encore un mur se dressait ; Fier de cette prise de conscience qui l’animait, il se rendit compte que le lavage de cerveau à base de discours métropolisés avaient fait leur œuvre dans la plupart des subconscients antillais ; Quoi de plus frustrant que vivre cette lutte intérieure sans pouvoir agir ou s’exprimer afin de secouer ces mentalités pourries d’assimilés !

Ce rêve d’écrivain engagé très vite balayé par les soucis d’un quotidien difficile à gérer, il rangera cette cape de révolutionnaire passionné en espérant pourquoi pas la céder…

Ti Milo deviendra grand…

Afin de conserver une part de cette Afrique onirique, le fantasme d’une vie conjuguée à la douceur d’une Fatou vint le bercer, oui Terre Mère, par ta fille il t’atteindrait ! Mais comme Ti Milo sait, la vie ne cédant pas toujours aux désirs, volontés et besoins de chacun, c’est vers une rousse à peau de lait que le destin l’a finalement poussé.

Ti Milo deviendra grand…

Ti Milo ne s’était pas imaginé que la vie aussi vite l’aurait happé dans le cycle tendre et infernal de la paternité. Il sera donc un exilé, fondant une famille sur le sol renié, travaillant comme un forcené pour se garantir un futur dont il n’avait pas rêvé. Encore une fois la France l’avait rallié  à sa troupe de Nègres aux bras ficelés et aux bouches bâillonnées. N’était-ce pas là le tableau type de l’antillais déporté, qui finalement s’acclimatait, s’accommodant des mots racisme et étranger pour téter au sein de maman France le lait Fatalité ??

Mais cadeau de Dieu ou poids à endosser, cette petite fille est née. Symbolisant le brassage de deux couleurs séculièrement différenciées, elle sortit café au lait ; alliant ainsi caractère et sensibilité, dont elle se servira par la suite pour emprunter un chemin déjà foulé.

Après quelques dernières sorties et bars écumés, il rangera sa vie de garçon célibataire dans un placard étiqueté Passé. Trois fois on l’appellera Papa, trois filles le rendront Roi. Obstiné, illuminé de cette sourde vérité, ses filles auront conscience de leurs racines lointainement plantées dans cette contrée d’Afrique adorée.

Ethiopie…plus qu’un nom apposé sur un livre prenant la poussière sur le meuble du salon, « l’enfant noir », tant de fois manipulé que quelques pages restent cornées, Césaire…Dieu vivant et maître à penser de toute une génération d’hommes noirs épris de liberté mais que nul dans son entourage n’applaudirait, par ignorance ou encore mauvaise conscience de ce sombre passé.

Ti Milo réalisait que ces objets qui l’avaient forgé dans ce développement d’homme noir affirmé, étaient petit à petit dissimulés derrière quelques bricoles qu’une routine familiale laissait s’accumuler.

L’amertume l’envahissait alors, pensant aux opportunités passées, à cette fougue sans bornes qui le portait, à ce jeune homme idéaliste qui devait laisser place à une figure de père réaliste.

Mais Ti Milo n’était pas prêt à tout sacrifier, et son sang s’était figé aux abords du Congo et du Nil,  noir de corps sacrifiés.

De ces mains calleuses et veloutées, il aurait pu écrire quelques mots plus q’utiles pour avancer, au lieu de cela elles se cantonnaient à sublimer à l’aide de sceaux, pinceaux et rouleaux, des couleurs qui n’avaient existées dans le souvenir de Ti Milo que dans quelques paysages de cette nature qui aime à être contemplée, mais pas encore vraiment dans ce cœur généreux mais desséché, au lieu de cela il élevait les façades des habitations tout en réalisant que celles de sa vie étaient loin d’être solides, au lieu de cela il se taisait et remontait jour après jour l’échafaudage de l’affolante descente dans le monde ouvrier.

L’île aux fleurs restait à ses yeux un sentiment mêlé de souffrance, d’ignorance mais aussi de chaleur au corps, diffusé par cet astre si manquant dans cette France éloignée, et de chaleur au cœur, donnée par cette seule femme qui l’avait tendrement aimé, Man Nise, dont le seul nom évoque la douceur d’un baume sur une plaie…

Dix-huit carems et quinze hivers gelés étaient passés depuis le jour ou Man Nise avait donné la vie à ce petit homme lorsque le Bon Dié vint délivrer son âme de ce corps paralysé et alléger son cœur de tant de labeur et souffrances infligées. Ti Milo exprima sa peine de la seule manière qu’il connaissait ; avec pudeur et dignité, sa douleur parla à travers ce reniflement sec et mesuré.

La vie, elle, s’écoulait de cette façon monotone et agaçante, qui laissait deviner le futur avant même de quitter le passé. Ti Milo avait de plus en plus de mal à se résoudre à une telle destinée et la projection de ses vieux jours sous ce ciel grisâtre le laissait rêveur d’une éventuelle envolée.

Il n’était pas homme à se laisser abattre mais surtout homme aimant les risques et les défis à surmonter.

Il était ce roc auquel on se raccroche en temps d’ouragan, cette boussole qui nous aiguille en temps de naufrage. Il se tenait debout faisant front aux intempéries comme aux  injustices, il savait depuis longtemps que son teint couleur douleur ne l’épargnerait pas, mais de cette façon stoïque qu’il avait d’affronter les choses, il passait outre et puisait toute sa force dans le passé de sa couleur splendeur.

Ce rôle de père, bien que ne l’ayant pas choisi au départ lui dictait une ligne de conduite de laquelle il ne voulait pas s’éloigner par souvenir cuisant de l’enfant maltraité qu’il avait été. Il s’évertuait à pourvoir à tous les besoins, tous les câlins dont un enfant se nourrit aux premières années de sa vie et son cœur se gonflait de cet amour de sang qui l’avait quitté lorsque Man Nise s’en était allée…

Ti Milo avait souhaité lors des trois grossesses répétées, qu’un fils lui fut donné. Il espérait lier ainsi cette relation père-fils qui lui avait cruellement manqué et trouver en ce petit mâle un peu de lui, un peu de force et de fierté.

FRUITS DE SURVIE

 A l’image d’une plante sans soleil, je me meurs sans ta chaleur, ton corps est l’île refuge de mes angoisses et chaque fruit qui l’habite me nourrit, me faisant oublier qu’hier encore il m’avait empoisonné.

Tes yeux ont la douceur qui invite à se laisser bercer par des mots aussi caressants que mordants, ta voix les enveloppe de cette pellicule suave qui les rend encore plus délicieux à avaler.

Ta bouche est comparable à un fruit exotique rare à trouver, elle se laisse caresser par ces petites épices que j’affectionne tant et se termine par ces extrémités aussi piquantes qu’un cactus que je prends plaisir à arrondir du bout de ma langue. Ce fruit là a l’odeur confortable des nuits chaudes passées à tes côtés que seule ma mémoire connaît.

En me blottissant dans tes bras, je peux caler ma tête dans ton cou et sentir sa chaleur et cette odeur sucrée de pâtisserie fumante dont mes narines se délectent à chaque effluve…

Tes mains….tes mains quant à elles ont un langage que personne ne parle, et que moi seule comprends.Elles savent me dire ce que tu ne sais pas dire par les mots, elles me protégent, m’enveloppent, m’embrassent, me caressent, me cajolent, me rassurent .Elles connaissent les moindres recoins de ma personne et savent m’habiller comme aucun autre vêtement ne le fait. Sans elles je suis nue, vulnérable et frigorifiée.Elles sont un fruit chaud que je cueillerai par millier pour m’en recouvrir de la tête aux pieds.

Dans le prolongement de tes mains se trouvent tes aisselles. Leur odeur depuis le premier jour ne cesse de m’ennivrer et de provoquer en moi cette animalité qui réveille une furieuse envie de te dévorer….

Ton ventre, rien qu’à y penser, mes yeux se ferment et cette sensation de bien-être m’envahit.Je le touche de ma joue, de mes mains, ce moelleux, ce petit signe de chair dans ton nombril que j’aime effleurer pour bien réaliser que c’est toi qui te trouve tout contre moi.

Il y a aussi tes fesses, ce sont deux belles noix de coco ou j’aime cacher mes mains et caresser ainsi l’espace où tu laisses apparaître ton caleçon.Elles me réconfortent, ce sont les tiennes donc les miennes et inimitables je te l’assure !

Et j’en arrive à ce fruit que l’on dit de la Passion, si la passion est capable d’envoûtement alors je suis atteinte ! Depuis le premier instant ou tu me la fait goûter, il est difficile de m’en passer. Il est la récompense que je m’octroie à cet amour sans limite ni condition que je te voue depuis…

Par lui tu me tiens, tu me possèdes, tu me soumets, je n’ai aucune volonté, sinon celle d’être pénétrée. De mes cinq sens je le connais ; je le vois: fier, dressé, de cette couleur aux reflets de velours, je le sens: odeur de musc et de désir qui m’envahit de plein fouet, je le touche: ferme et tendre dans ma main bien décidée et je le goûte: sucré, salé, épicé, un tourbillon de saveurs qui projette loin dans le passé ce goût amer que je pensais qu’il garderait…

Pour ces instants d’intimité, que tu m’accordes en pointillés, le sais-tu Amour,  pour une bouchée je me damnerai ! Tu ne m’accordes pas même le droit de m’enfoncer consciemment dans cette douce folie qui m’a gagnée, mais de ce tréfond, j’émerge éveillée, pensant chaque fois au souvenir vibrant de ces fruits nourriciers.

L’ardeur de mes mots se calque à la profondeur de l’incision de la flèche lancée par Cupidon, ce vendeur de drogues pailletées ! A cela pas de raisons, je ne cherche plus, à quoi bon…La promesse d’autres senteurs et d’autres ailleurs ne me tente pas,on ne trouve pas deux fois une raison qui déraisonne au point d’en finir aliéné.

Ces fruits, je les cueille, tu me les lance, ou je peux encore les ramasser, une fois qu’ils sont tombés et que leur état devrait me répugner, mais on ne détourne pas les yeux d’un tel festin lorsque l’appétit n’est pas comblé, lorsque ce creux dans le ventre nous rappelle qu’il y a goûté. Alors pour ce faire, je puis m’agenouiller, prier qu’un jour je retrouve trace de cette île enchantée,  que ces fruits de survie à force d’être consommés, deviennent finalement fruits d’harmonie, et qu’il en germe des graines dans ce même ventre que tu auras amoureusement semées.

JE SUIS NE

Ivre de prières, je suis né

Ivre de tes formes généreuses, héritage de ces femmes fières et racées qui nourrissaient leur fruit jusqu’à en être desséchées, je suis né

Ivre de ces couleurs chatoyantes qui te peignaient dans un décor vierge de toute cruauté, je suis né

Ivre de ces rythmes entre calebasses et grains de café, que de leurs mains, tes frères endiablaient, je suis né

Ivre de cette terre battue que tes pieds calleux foulaient, je suis né

Ivre de cette chaleur implacable que ton front reflétait, je suis né

Ivre de ces chants prometteurs, plaintifs, de ces litanies intimistes, je suis né

Ivre de ces champs verdoyants te happant au pipiri chantant, je suis né

Ivre de ce patois, cocktail obligé d’une mixité d’origines imposées, je suis né

Ivre de cette immensité salée, bienfaitrice de tes maux dorsaux bien trop vite arrivés, je suis né

Ivre de cette canne d’or et de sueur, trésor tragiquement scellé où s’enterrent vos corps et vos cœurs, je suis né

Ivre de cette paillasse donnée à un animal sans âme que tu étais, je suis né

Ivre de ce manioc séché, ration quotidienne ingurgitée tout juste bonne à être rongée, je suis né

Ivre de ce fer, métal de progrès pour « l’homme » et joug d’asservissement pour toi, je suis né

Ivre de ce chien, que l’on hisse sur la chaise quand on te cloue au sol, je suis né

Ivre de ces élans de fureur et de rage qui pleuvaient sur tes côtes comme la pluie sur la tôle, je suis né

Ivre de ce monnayage de chair, de dents, de muscles, quand ton âme ignorée, elle, saignait, je suis né

Ivre de cette odeur d’impudeur dans lesquels pourrissent des hommes sans dignité, je suis né

Ivre de ta peau sombre que leurs mains blanches venaient tâcher de leurs instincts primaires, je suis né

Ivre de ces vagues que ton ventre plein subissait, je suis né

Ivre de cet orifice sacré qu’ils ont à jamais souillé, je suis né

Je suis né de ce viol que tu as subi en silence, sachant que pour « eux » point de potence

Je suis né Noir, Chabin, Mulâtre, Couli, Quarteron, Béké

Je suis né multiple, divers, perdu, ne sachant ou me fixer

Traumatisé d’un passé que je n’ose m’approprier, ne sachant plus vraiment qui accuser.

JE SUIS NE IVRE

Ya Haqq Oba Des Va(in) Rieux: OU Lé… (Déla lé)

 

J’AURAIS AIMÉ TE DIRE (MAN ARNAUD)

J’aurais aimé te dire.

J’aurais aimé te dire  ces mots

Que l’on dit sans ego

J’aurais aimé t’offrir ces moments

Qui font le ferment des amants

J’aurais aimé vivre ce conte

Qui nous lie sans honte

J’aurais aimé être cette musique

Qui révèle en toi un être unique

J’aurais aimé être ce rempart

Contre les périls barbares

J’aurais aimé te dire …

Tout simplement te tenir dans mes bras

Je ne peux retenir en moi les larmes

Et de ce flot naît la source

Qui sédimente les berges d’une rencontre prochaine

Tu ne m’étais pas promise

Mais l’icône d’un Amour que j’attends

Pour des noces éternelles d’un instant

Où l’Amour vivra des corps blessés.

J’aurais aimé te dire mais déjà je m’enfuis

 

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